Autour de Spiennes

un blog des mines préhistoriques et du Néolithique en Belgique

25 mars 2007

Dimanche 25 mars : “Le sacre de l’homme”

ClassĂ© dans : Presse & Medias — HĂ©lène Collet @ 8:08

Ce soir passe Ă  la RTBF Ă  20h50 un “docu-fiction” consacrĂ© Ă  la NĂ©olithisation intitulĂ© “Le sacre de l’homme“. Le documentaire rĂ©alisĂ© par Jacques Malaterre a reçu la caution scientifique de Jean Guilaine. InterviewĂ© sur La Première jeudi matin, Jacques Malaterre rĂ©agissait Ă  une intervention de Anne Hauzeur en nous resservant le clichĂ©, maintes fois entendu, des scientifiques dans leur tour d’ivoire, jaloux de leur savoir et qui ne veulent pas le partager. Ces propos sont choquants pour tous ceux qui chaque jour essaient dans leur travail d’ĂŞtre scientifique et en mĂŞme temps de transmettre le maximum Ă  tous par une bonne vulgarisation. Les très nombreux archĂ©osites, musĂ©es et sites archĂ©ologiques en fouille mais ouverts au public un peu partout en tĂ©moignent.
Vos rĂ©actions, bonnes ou mauvaises, sur le site au sujet de ce documentaire sont les bienvenus et sont l’occasion de voir quelle est la perception de tout un chacun.

Je me lance pour le premier commentaire. J’ai Ă©tĂ© vraiment agrĂ©ablement surprise car j’avais un a priori suite Ă  l’OdyssĂ©e de l’Espèce. J’ai trouvĂ© le docu-fiction très bien quant au fond et Ă  la trame narrative. En plus les acteurs sont formidables. Donc voilĂ  pour moi c’est un excellent support pĂ©dagogique.

2 commentaires »

  1. Lorsque nous faisons les visites des mines de Spiennes, nous nous rendons compte très souvent de la mĂ©connaissance d’une partie du public des grandes lignes de notre passĂ© et a fortiori de la prĂ©histoire. Il est mĂŞme frĂ©quent que certains soient surpris que physiquement nous ne soyons guère diffĂ©rents de nos ancĂŞtres du nĂ©olithique. Dès lors la diffusion de docu-fiction tel “Le sacre de l’homme” ne peut ĂŞtre que positif dans la mesure oĂą il suscitera la curiositĂ©, et au mieux des interrogations du public sur son passĂ©. Certes, il n’est pas Ă©vident de rĂ©sumer 8000 ans d’histoire en 1 h 30 mais la construction du scĂ©nario très aboutie dĂ©bouche sur un remarquable continuum de cette pĂ©riode. Cependant, une telle concentration d’idĂ©es entraine inĂ©vitablement des clichĂ©s ou une approche judĂ©o-chrĂ©tienne du sujet et quelques diachronies, comme le souligne Anne Hauzeur, qui parfois auraient pu ĂŞtre Ă©vitĂ©es, mais peu importe, ce docu-fiction a le mĂ©rite d’exister. L’obscurantisme est encore prĂ©sent dans notre sociĂ©tĂ© actuelle et toute approche de notre passĂ©, quelle qu’elle soit, mĂŞme subjective, ne peut que concourir Ă  une Ă©ventuelle ouverture des esprits.

    Commentaire par Daniel Desterbecq — 27 mars 2007 @ 14:14

  2. La fiction a manifestement bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’influence bĂ©nĂ©fique du suivi de Jean Guilaine : cf. les parties “off” sur l’agriculture et l’Ă©levage. Il reste nĂ©anmoins que cette fiction m’est apparue très abreuvĂ©e de clichĂ©s divers, notamment le film propose sans cesse des raccourcis qui “expliquent” nos problèmes sociĂ©taires actuels. L’Ă©volution est clairement placĂ©e sous l’Ă©gide d’ouvrages tels que “l’Origine des inĂ©galitĂ©s” d’A. Testart ou “Age de Pierre, Age d’abondance” de M. Sahlins, qui ont fortement marquĂ© la recherche française des annĂ©es 1970, et en particulier celle du Bassin parisien. De mĂŞme, la quĂŞte de l’amour libre et idĂ©al fait penser, comme il l’avait dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans “Homo sapiens”, Ă  l’image “Peace and love” post soixante-huit (plusieurs scènes avec des arcs-en-ciel, bande-son). Dieu et l’amour sont la solution aux problèmes. Si l’on peut partager ces idĂ©es pour l’homme du XXe et du XXIe siècles, il reste que nous n’en savons rien de la mentalitĂ© rĂ©elle de nos ancĂŞtres. Typique de Malaterre, est que par le dĂ©sir de montrer une humanitĂ© idĂ©alisĂ©e ou trouvant les solutions les meilleures, il rĂ©duit les grandes inventions de l’humanitĂ© Ă  quelques faits assez ridicules pour nos ancĂŞtres : rappelez-vous l’invention de la chaussure dans Homo sapiens ou ici le rapport des cĂ©rĂ©ales Ă  l’eau. MĂŞme si quelques grandes dĂ©couvertes peuvent ĂŞtre le fruit du hasard, on peut parfaitement concevoir que l’homme prĂ©historique Ă©tait nettement plus observateur et a pu largement noter que les graminĂ©es sauvages se reproduisaient annuellement…
    Quelques diachronies sont Ă  relever, je pense, sans ĂŞtre spĂ©cialiste : les trop grands rĂ©cipients en pierre qui seraient Ă  l’origine de la sĂ©dentarisation, les chevaux de selle, les chevaux de trait, le char “Ă  la romaine”, les “aiguières” de type plutĂ´t thraces. Pour cela le making-off rĂ©vèle nettement mieux l’Ă©tat d’esprit du film. c’est finalement notre passĂ© interprĂ©tĂ© avec une vision de l’homme actuel, Ă  connotation très judĂ©o-chrĂ©tienne. Comme le dit Jean Guilaine, l’important n’est pas l’exactitude des donnĂ©es (quoique l’on puisse faire de la vulgarisation de qualitĂ©) mais bien le message Ă  faire passer au public. Totalement d’accord, mais attention au message vehiculĂ© et l’on sait que l’archĂ©ologie a de tout temps Ă©tĂ© l’otage des thĂ©ories politiques et intellectuelles les plus contrastĂ©es : le germanisme Ă  tous crin des Nazis, les nationalismes les plus divers, l’Ă©volutionisme Ă  vocation finaliste (nous sommes les meilleurs), les thĂ©ories marxistes, non-Ă©volutionistes…

    Pour plus de nuances et de finesse, je conseillerai au grand public la lecture du roman de Jean Guilaine : “Pourquoi j’ai construit une maison carrĂ©e”, paru aux Ă©ditions Actes Sud.

    Commentaire par Anne Hauzeur — 27 mars 2007 @ 1:01

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