Sciences & préjugés dans le journal Le Soir de ce lundi 19 novembre 2007
Les fantasmes et les prĂ©jugĂ©s trouvent facilement leurs chemin sous la plume des journalistes comme des hommes de science. On apprend ainsi dans les pages sciences & santĂ© du Soir de ce lundi 19 novembre 2007 que « les femmes avaient les cheveux blonds durant la pĂ©riode glaciaire car elles se faisaient davantage remarquer dans la lutte sans merci pour ce qui Ă©tait rare Ă lâĂ©poque, les hommes ».
En appui de cette assertion lapidaire, quelques lignes et une vague rĂ©fĂ©rence « Ă des chercheurs de lâuniversitĂ© de St Andrew ».
On nâapprendra pas de quel Ăąge glaciaire il sâagit. Pas davantage du tour de force par lequel « des chercheurs » ont dĂ©couvert que les femmes y Ă©taient blondes, et les hommes rares, câest Ă dire sans doute relativement moins nombreux que les femmes. Quelles sont les populations de rĂ©fĂ©rence ?. Sur combien dâindividus sont basĂ©s de telles gĂ©nĂ©ralitĂ©s ? Quels types dâanalyse ? Il est peu probable que les restes, rares et fragmentaires, des populations palĂ©olithiques dâEurope permettent dâĂ©tayer des affirmations de ce genre.
Mais, surtout, cette vision « dâune chasse Ă lâhomme » par des femmes dĂ©chaĂźnĂ©es par une lutte sans merci fait fi des connaissances anthropologiques et ethnologiques sur la vie sociale, les rapports sociaux propres Ă ces groupes humains. La survie et le succĂšs de notre espĂšce tiennent surtout Ă ses comportement organisĂ©s et collectifs, comportements structurĂ©s par des rapports sociaux trĂšs Ă©loignĂ©s de cette vision caricaturale.
Les meilleures universitĂ©s, et les meilleurs scientifiques, ne sont malheureusement pas prĂ©munis contre les prĂ©jugĂ©s. Lawrence Summers, le prĂ©sident dâHarvard, une des meilleures universitĂ©s au monde, avait suggĂ©rĂ© en janvier 2005 que les femmes avaient naturellement et gĂ©nĂ©tiquement moins dâaptitudes que les hommes pour rĂ©ussir une carriĂšre scientifique. Loin de rester un dĂ©rapage isolĂ©, Summers avait reçu le soutien de nombreux de ses collĂšgues⊠masculins, tous Ă©minents scientifiques.
Les tenants de ce genre dâaffirmations se contentent gĂ©nĂ©ralement de sâexcuser en assurant quâon les a mal compris, dĂšs que les protestations prennent de lâampleur. De fait, il nâexiste aucun fondement rationnel Ă ce genre de thĂšses, pas plus quâaux thĂšses racistes. Mais les excuses nâempĂȘchent pas la lutte pour les places acadĂ©miques de continuer⊠notamment par ce genre de coups en dessous de la ceinture. Car câest bien de cela quâil sâagit. LâinĂ©galitĂ© observĂ©e dans lâattribution des postes, crĂ©dits, bourses, responsabilitĂ©s, entre les hommes et les femmes, tient en partie Ă la solidaritĂ© masculine vis Ă vis du âsexe faibleâ. Les mĂȘmes rĂ©seaux de solidaritĂ© existe entre blancs, vis Ă vis des noirs. Les blagues de potaches, les allusions subtiles, etc, nourrissent et entretiennent un consensus pour ne pas accorder Ă un groupe (femmes, noirs,âŠ) un droit Ă©lĂ©mentaire : celui dâĂȘtre jugĂ©s sur ses actes.
Commentaire par Michel Wodbury — 22 novembre 2007 @ 8:08
Les quelques lignes dans le journal Le Soir du 19/11 sur les « femmes blondes Ă lâĂ©poque glaciaire » sont effectivement succinctes et manquent indubitablement de rĂ©fĂ©rences, quoique lâarticle mentionne malgrĂ© tout, et câest dĂ©jĂ bien pour un article si court, lâuniversitĂ© de Saint Andrews (je me renseigne sur internet et je vois que câest quand mĂȘme la troisiĂšme plus ancienne du monde anglophone aprĂšs celles d’Oxford et de Cambridge et que lâuniversitĂ© Ă©cossaise possĂšde un dĂ©partement d’anthropologie sociale et dâethno-archĂ©ologie).
Je pense quâil faut relativiser le contenu scientifique de ce genre dâarticle. Dâune part, il est mis dans la rubrique « En bref » donc il ne faut pas en attendre grand chose et dâautre part, lâarticle se fait, probablement, le relais dâun autre Ă©manant dâun confrĂšre britannique. De plus, le contenu de cette « brĂšve » est avant tout axĂ© sur lâeffet psychologique que produisent les blondes sur les hommes et la rĂ©fĂ©rence aux femmes blondes de la pĂ©riode glaciaire nâest, Ă mon avis, quâune façon anecdotique pour le journaliste de montrer que ce phĂ©nomĂšne ne semble pas nouveau. Certes, ce genre dâarticle un tantinet caricatural ne devrait pas se trouver dans la rubrique « Sciences& SantĂ© » dâun tel quotidien mais câest toujours mieux que de lâavoir placĂ© dans la rubrique « nature » ou « problĂšme de sociĂ©tĂ© ».
Commentaire par Daniel Desterbecq — 21 novembre 2007 @ 10:10
EntiĂšrement dâaccord ! Il serait au minimum nĂ©cessaire dâajouter une rĂ©fĂ©rence, mais il faut supposer que cet âarticleâ nâest en fait quâune dĂ©pĂȘche dâagence ajoutĂ©e au moyen dâun simple âcouper-collerâ.
Commentaire par M Dupont — 21 novembre 2007 @ 8:08