Autour de Spiennes

Le blog des mines néolithiques de Spiennes et de l'archéologie en Wallonie

20 juillet 2008

Les minières à silex du Pays d’Othe (Aube, France)

Filed under: Mines néolithiques — Hélène Collet @ 8:08

A la fin des années 80 et au début des années 90, la construction de l’autoroute A5 qui allait relier les villes de Melun et de Troyes via Sens permit d’attirer l’attention sur l’existence de nombreuses mines de silex dans le Pays d’Othe, une région située dans le sud-est du Bassin parisien, à 100-150 km de Paris.
Trois minières du Pays d’Othe furent fouillées lors des opérations archéologiques préventives : Le Buisson Gendre à Pâlis, Le Grand Bois Marot à Villemaur-sur-Vanne et Les Orlets également sur la commune de Villemaur-sur-Vanne. Au total, la région abrite sans doute une dizaine de sites miniers. Les deux minières de Villemaur-sur-Vanne ont fait l’objet d’assez nombreuses publications de la part de l’archéologue responsable des fouilles, Pierre-Arnaud de Labriffe. C’est grâce à celles-ci que les données ci-dessous ont pu être rassemblées.

de Labriffe 2006
Fig. 1 – Coupe montrant les structures d’extraction le long du versant au Grand Bois Marot et aux Orlets (d’après de Labriffe 2006).

Chacune des deux minières de Villemaur occupe un des versants d’une même vallée sèche. Elles se font donc face. Les deux sites ne sont pas contemporains. Les datations radiocarbones réalisées aux Orlets indiquent une exploitation échelonnée entre 4400 et 4000 ans avant notre ère. Celles réalisées au Grand Bois Marot montre une exploitation plus récente qui date d’une période comprise entre 3000 et 2400 ans avant notre ère. Comme seule une petite portion des deux sites a été fouillée, rien ne permet d’affirmer que l’exploitation a été discontinue. En effet, les puits permettant de relier un site à l’autre, et une époque à l’autre, peuvent très bien se trouver hors des zones explorées.

La minière des Orlets couvre au minimum une surface de 25 hectares. La densité des structures y est importante (833/ha). Si bien que le nombre de puits y est estimé à environ 20 000. Le site du Grand Bois Marot s’étend quant à lui sur environ 15 hectares. La densité des puits y est plus faible (210/ha). Le nombre total de structures y est estimé à seulement 3360.
Les surfaces décapées comme l’ampleur du défi archéologique, dans le cas de fouilles préventives de sites néolithiques miniers, sont toujours impressionnantes. Que l’on en juge ! 4000 m² de décapage au Grand Bois Marot ont livré une centaine de puits d’extraction du silex. 25 d’entre eux purent être documentés. 12 000 m² furent dégagés aux Orlets. Ils révélèrent la présence d’un millier de puits et de fosses. 60 d’entre eux purent être étudiés.

La matière première, un silex gris à noir issu de la base du Sénonien, a été exploité grâce au creusement de fosses et de puits. Les puits sont constitués d’une cheminée plus ou moins cylindrique qui au niveau des bancs de silex s’ouvre sur de petites galeries ou chambres rayonnantes d’une extension de 3 m maximum à partir de la cheminée. Les plus profonds descendent à 6 m. Aux Orlets quatre bancs différents disposés régulièrement ont fait l’objet d’une extraction. Comme le montre la figure, le banc exploré dépend uniquement de la localisation de la structure sur le versant. Dans certains puits, deux bancs ont été exploités. Sur le site du Grand Bois Marot, le silex apparaît de manière plus aléatoire. Il ne forme pas des assises régulières mais des poches. L’archéologue souligne que, dans les deux minières, la principale difficulté rencontrée par les mineurs a été de trouver les bancs ou gîtes de silex.
L’étude des nombreux profils de structures d’extraction ont mis en évidence des traits récurrents qui permettent de documenter les techniques minières. La présence d’un surcreusement assez systématique à la base de la cheminée laisse penser que les mineurs ont d’abord réalisé des puits test afin de repérer le banc. Une fois celui-ci individualisé, l’excavation à hauteur du banc était entreprise. La forme des exploitations après abandon ainsi que les phases de comblement indiquent les étapes de l’exploitation. Les déblais sont stockés, dans la mesure du possible, dans la structure elle-même. Le surcreusement reçoit les déchets crayeux au début de l’exploitation. Ensuite, ils sont repoussés dans les galeries. Au Grand Bois Marot, une fois ce banc exploité, le puits est élargi afin de récupérer le silex présent dans la couche de limon crayeux située au-dessus de la craie. Celle-ci contient, en fait, assez bien de matière première. La taille des exploitations pourrait être due à un élargissement volontaire et non à l’effondrement naturel des surplombs, d’où le scénario envisagé.

La matière première extraite des minières étudiées paraît avoir été principalement dévolue à la production de haches. Il existe aussi, mais de manière plus marginale, une production de lames ou d’éclats laminaires qui semble avoir été destinée à un usage purement local. Sur le site du Grand Bois Marot à Villemaur-sur-Vanne (Aube), les haches produites ont des dimensions assez réduites avec une longueur comprise entre 9 et 16 cm, pour une largeur de 3 à 6 cm et une épaisseur de 1 à 4 cm. Ce type de hache correspond à celle d’un usage quotidien et non à celle de pièces de prestige de grande dimension, sorte de marqueur social, comme on en rencontre à Spiennes ou à Jablines.
Les fouilleurs ont cherché à estimer le nombre de pièces produites sur ces deux minières. Les amas étudiés indiquent une production allant de 10 à plus de 170 haches mais pour un amas qui a pu desservir différents puits. Une estimation raisonnable de 20 haches produites par puits indique que 60 000 haches ont pu être fabriquées au Grand Bois Marot et 400 000 aux Orlets.

de Labriffe 2006
Fig. 2 – Scénario des étapes de creusement et de comblement d’une structure d’extraction du silex au Grand Bois Marot (d’après de Labriffe 2006).

Pour en savoir plus…

AFFOLTER J. & DE LABRIFFE P.-A., 2007. Mais où sont passées les haches en silex ? In BESSE M. (éd.) Sociétés néolithiques. Des faits archéologiques aux fonctionnements socio-économiques (Cahiers d’archéologie romande 108). Actes du 27e colloque interrégional sur le Néolithique, Neuchâtel, 1 et 2 octobre 2005, Lausanne.

AUGEREAU A., 1995. Les ateliers de fabrication de haches de la minière du « Grand Bois Marot » à Villemaur-Sur-Vanne (Aube) In PELEGRIN J. & RICHARD A., 1995. Les mines de silex au Néolithique en Europe : avancées récentes. Actes de la table-ronde internationale de Vesoul, 18-19 octobre 1991 : 145-158.

DE LABRIFFE P.-A., 2006. De grands trous néolithiques : les structures d’extraction de silex du Pays d’Othe (Aube, France). Éléments d’une chaîne opératoire originale et partagée ? In FRÈRE-SAUTOT M.-CH. (éd.) Des trous … Structures en creux pré- et protohistoriques. Actes du colloque de Dijon et Baume-les-Messieurs, 24-26 mars 2006.

DE LABRIFFE P.-A. & THÉBAULT D., 1995. Mines de silex et grands travaux, l’autoroute A5 et les sites d’extraction du Pays d’Othe In PELEGRIN J. & RICHARD A., 1995. Les mines de silex au Néolithique en Europe : avancées récentes. Actes de la table-ronde internationale de Vesoul, 18-19 octobre 1991 : 47-66.

DE LABRIFFE P.-A. , AUGEREAU A., SIDERA I. & FERDOUEL F., 1995. Villemaur-sur-Vanne « Les Orlets » (Aube).Quatrième et dernière minière de l’autoroute A5. Résultats préliminaires. 19e colloque interrégional sur le Néolithique, Amiens, 1992. Revue archéologique de Picardie 9 (n° spécial) : 105-119. Disponible sur Persée.

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