La découverte d’un véritable menhir(1) à Haillot (province de Namur), la semaine passée, est l’occasion de voir comment les archéologues peuvent affirmer que certaines grandes pierres ont toutes les chances d’être des menhirs et d’autres pas. Est-ce qu’ils sont fous ces archéologues ?
Pour le démontrer, ils n’ont pas besoin de pendule mais de rigueur scientifique et de l’aide d’un géologue. En effet, une connaissance du contexte géologique est indispensable. Il faut savoir que des mécanismes géologiques peuvent être responsables du dépôt de gros blocs, aujourd’hui isolés et peu profondément enfouis, comme par exemple certains grès dans le Hainaut. Il faut donc se méfier, toute pierre rencontrée n’est pas un mégalithe ! Un bon critère d’authenticité c’est que la pierre soit encore dressée et que l’on soit certain que ce n’est pas un maniaque des grandes pierres qui l’ait fait (si, si cela existe) ou qu’elle soit dans une position géologique anormale. Des archives antérieures à la seconde moitié du 19e siècle, témoignant du fait que la pierre était érigée, constituent aussi un bon argument. Mais ce n’est pas tout, si le mégalithe appartient à un alignement cela constitue un argument de poids, tout comme une usure différente de la base par rapport au reste du bloc qui peut indiquer que cette dernière a été enfouie.
L’idéal, c’est qu’une fouille méthodique puisse être effectuée car c’est elle qui peut fournir des arguments déterminants. Grâce à celle-ci, on peut découvrir la fosse qui a été creusée pour placer le mégalithe. C’est ce qui est arrivé à Haillot. La fouille peut aussi révéler la présence des pierres qui ont servi à caler le mégalithe ou des matériaux qui pourront servir à faire une datation, comme il y a quelques années pour le menhir de Heyd où un os humain a été trouvé dans la fosse d’érection.
A Haillot, un fragment de hache a été dégagé à 2,5 m de la fosse d’érection néolithique ; cet outil, façonné dans une roche très rare, l’amphibolite, était un bien de prestige. Ses caractéristiques permettent de le dater du IIIe millénaire avant J.-C. Cette époque correspond à la construction du vaste ensemble mégalithique de Wéris qui se compose, dans l’état actuel des connaissances, de 16 menhirs et de deux allées couvertes (constructions abritant des sépultures collectives) ; ces monuments ne sont pas implantés au hasard car ils s’insèrent dans des alignements
Pour ceux que cela intéressent, toutes ces idées ainsi que beaucoup d’autres ont été développées en détail dans des articles passionnants parus dans des revues de préhistoire .
PIRSON S., TOUSSAINT M. & FREBUTTE C., 2003. Les matières premières des mégalithes de Belgique : état de la question. Notae Praehistoricae 23 : 147-172.
TOUSSAINT M., PIRSON S., FREBUTTE C. & VALOTTEAU F., 2005. Critères d’identification des menhirs dans la préhistoire belgo-luxembourgeoise, Bulletin de la Société préhistorique française, 102, p. 597-611.
Finalement, il faut retenir que la première chose à faire si on repère une grande pierre c’est de prévenir la Direction de l’Archéologie du Ministère de la Région wallonne et de ne surtout pas la déplacer ou creuser une tranchée autour car on risquerait de détruire les indices archéologiques. La seconde chose à se rappeler, c’est qu’en Wallonie, il y a beaucoup plus de grandes pierres que d’archéologues professionnels, et que donc ils doivent faire des choix, et n’ont les moyens d’intervenir que là où il y a une menace directe et des indices sérieux.
Un grand merci à Christian Frébutte, archéologue au Ministère de la Région wallonne pour toutes les informations fournies.
(1) Le mot menhir désigne les pierres monumentales, parfois disposées sous forme d’alignements, qui ont été dressées durant le Néolithique, à partir de 4500-4000 ans avant notre ère. Le mot dolmen désigne quant à lui un monument mégalithique composé de pierres dressées (les piliers) surmontés d’une pierre monumentale (la table).
(2) Cet article est illustré par des menhirs de Weris, et par les alignements de West Kenneth Avenue, en Grande-Bretagne.